Le livre des mutations par Charles deHarlez

Tout ce qui est dans un livre n’est pas parole d’évangile. Cet ouvrage dans la droite ligne d’un courant français de « savants » nous le montre.

Ce que je trouve remarquable dans cet ouvrage, c’est l’introduction. Après l’hommage de rigueur rendu à ses prédécesseurs et ses contemporains, Charles de Harlez réduit avec une prétention savante le Yi king à un ensemble lexicologique. Avec une morgue assez représentative des sociétés savantes européennes de l’époque à l’égard des civilisations étrangères, il poursuit vigoureusement :

Comment les Chinois ont-ils pu se tromper de la sorte sur le véritable sens et la portée d’un livre si important pour eux, et prendre une sorte de vocabulaire commenté pour un livre de divination ?

La réponse à cette question est des plus simples, ce me semble. Le Yih-king primitif n’était pas fort répandu ; il était même probablement peu connu. Un homme d’autorité et de puissance, préoccupé d’intérêts politiques et adonné aux pratiques divinatoires, se sera emparé de ce livre et l’aura transformé, pour le faire servir à ses fins. Ses contemporains l’auront accepté de sa main puissante et vénérée, et le souvenir du texte originaire se sera perdu. Si ce fut l’œuvre d’un prisonnier oisif, comme on le prétend, cela ne s’explique que mieux encore.

Charles de Harlez, Le livre des mutations, introduction.
Le livre des mutations par Charles deHarlez
Éditions Denoël, 1959

Le prisonnier oisif dont il est question ici est le Roi Wen que la tradition crédite de l’organisation des hexagrammes et de la rédaction du texte des jugements. Son fils aurait plus tard ajouté les textes associés à chaque trait.

Le yi jing a toujours tenu une place centrale dans les classiques chinois, on en a trouvé des copies dans les tombes anciennes, c’est un sujet d’étude récurrent au fil des siècles. Confucéens et taoïstes y ont puisé connaissance et ressources. Arguant de l’obscurité du texte et apparemment étranger à la mécanique des hexagrammes, Harlez récuse toute hypothèse établissant le yi jing comme livre de sagesse millénaire. Certes les alchimiste chinois de tout poil avaient eu la main lourde, noyant dans un symbolisme toujours plus dense les explications du texte, mais on ne peut pas s’empêcher de penser que Harlez est allé un peu vite en besogne et qu’il n’a pas cherché bien loin des sources que d’autres de ses confrères avaient commencé d’explorer.

On ne peut s’empêcher de penser par exemple à Legge qui s’est efforcé à plusieurs traductions dont une est toujours consultée et qui est célèbre pour le regard qu’il porta sur ses premiers efforts de traduction :

Lorsque je composai ma première traduction du Yi King je tentai d’être aussi concis dans mon anglais que l’était l’original chinois… Je suivais en cela l’exemple du P. Régis et de ses collaborateurs. Mais leur version est quasi inintelligible, et la mienne ne l’était pas moins.

(citée dans la préface rédigée par Etienne Perrot pour Yi King, le livre des transformations, de Richard Wilhelm)

Legge, cité dans la préface de Etienne Perrot du livre de Richard Wilhelm

Si le travail de Harlez n’est pas recommandable comme livre de référence, il reste toutefois une curiosité qui mérite un détour au titre de l’histoire des sciences.
Sa traduction a été présentée en 1888 devant l’Académie royale de Belgique (cf. dos page de couverture). La numérisation du texte a été assurée par l’université du Québec à Chicoutimi.

A partir de la table des matières vous pourrez accéder aux parties du texte et en particulier aux différents hexagrammes : il suffit de cliquer sur la ligne qui vous intéresse. Bizarrerie de l’indexation, l’hexagramme sélectionné se trouve sur la page qui suit celle qui s’affiche. La table des gua (écrit koua) page 6 a également des zones cliquables qui sont elles liées aux bonnes pages.

 

 

 

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