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Le jugement de l’hexagramme 20 du yi king

L’idée de l’offrande et de la purification par le feu font désormais parti du passé en occident. Pourtant, cette communication avec le ciel replace l’homme dans son sillon.

LA CONTEMPLATION.

L'ablution a eu lieu, mais non encore l'offrande.

Pleins de confiance, ils lèvent les yeux vers lui.

R. Wilhelm. Hexagramme 20, la contemplation

On trouve à de nombreux endroits du livre les notions d’offrande et de sacrifice :

  • Sacrifices funéraires dans l’hexagramme 7 – l’armée
  • Offrandes destinées aux sacrifices dans l’hexagramme 37 – la famille
  • Coupes destinées aux offrandes dans l’hexagramme 41 – la diminution

Mais pourquoi des sacrifices ? Que signifient ces événements particuliers ?

Maurice Granet dans La religion des Chinois évoque en détail ces sujets, précisant le rôle des offrandes et des sacrifices, les circonstances, les rituels associés, les objets du rite, les noms des offrandes. A le lire, on comprend pourquoi ces pratiques sont évoquées à plusieurs reprises dans le yi jing, c’est-à-dire d’une époque où ces rites rythmaient la vie du clan, du royaume, de l’empire, … Si l’on se pose des questions sur l’interprétation d’un hexagramme évoquant l’un ou l’autre, ou sur la manière contemporaine d’en transposer le sens, Maurice Granet offre une matière assez riche pour nourrir notre réflexion.

A notre époque, l’idée d’offrande et de sacrifice fleure le passé. L’offrande faite en signe de prière ou de remerciement est devenue un geste rare au point de sembler souvent incongru. Quant au sacrifice … le mot évoque le plus souvent des scènes historiques sanglantes et des récits mythologiques où l’on voit un animal, un enfant, une jeune vierge, un guerrier valeureux, … offerts aux dieux, à la terre, au ciel suivant les circonstances.

Le feu, agent de médiation entre les hommes et le ciel

Réfléchissant au fait que le feu est souvent un agent du sacrifice, je voulais partager avec vous une réflexion de Pierre Feuga :

Tout dans cet univers, depuis le moindre brin d'herbe jusqu'aux plus lointaines galaxies, est animé par Prâna, l'Energie. Son omniprésence, sa puissance infinie rendent, sinon inutiles, du moins bien relatives les notions d'esprit et de matière. Quand le bois brûle, il libère de l'énergie, il devient feu, lumière, chaleur, il consume les offrandes des hommes et les porte en fumée vers les dieux. De sa matière il ne reste plus rien, et d'ailleurs fut-elle jamais autre chose qu'un signe et un support ?

Pïerre Feuga, Les Cinq visages de la déesse, p. 21-22

Le feu se fait donc messager. Il est le moyen par lequel les hommes sur terre communiquent avec le ciel, chargeant l’air d’une demande, d’une proposition, d’une prière, d’une intention. Le message est-il bien passé ? Le ciel s’adresse-t-il en retour aux hommes qui se sont tournés vers lui ou la communication ne se fait-elle qu’en sens ascendant ?

S’appuyant sur les recherches archéologiques et historiques de la fin du XXème siècle, Wang Dongliang nous l’explique dans Les signes et les mutations, de Wang Dongliang

La divination originelle se pratique sur des os bruts de quadrupèdes dont les espèces sont celles des victimes des sacrifices religieux. Lors des sacrifices aux puissances surnaturelles, on prend l’habitude de scruter les résidus de l’holocauste et d’interpréter les traces de feu sur les ossements des victimes comme des indices de l’acceptation ou du rejet par les esprits transcendants de l’offrande qui leur a été adressée. La divination chinoise commence ainsi avec l’observation des os brûlés et craquelés après l’holocauste.

Wang Dongliang, Les signes et les mutations, p. 61

Il y a d’abord offrande et sacrifice, l’homme initie le dialogue et obtient en retour des signes qu’il s’efforcera de plus en plus efficacement de faire parler. Wang Donliang poursuit d’ailleurs en montrant comment le processus d’obtention des signes va progressivement être adapté pour augmenter la qualité des informations produites, et les résultats seront archivés pour constituer les ouvrages d’interprétation tels que le Zhouyi.

Offrandes et sacrifices aujourd'hui : la voie moderne du feu

En Asie, bien souvent, avant de sonder l’oracle, on s’inclinera devant l’autel du dieu ou du bouddha local et toute requête commencera par une prière et une offrande d’encens. Dans la fumée qui se dégage, l’homme s’incline devant le ciel et demande à être éclairé par lui.
 

Dans les temples de Taïwan et de Hongkong, on trouve dans la cour du temple ou à l’extérieur de grands chaudrons ou de puissantes cheminées. Certains sont utilisés pour brûler les offrandes papier des rituels accomplis auparavant. Par le feu, la prière est libérée et la bénédiction reçue.

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