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Histoire du feng shui

L’histoire du feng shui est millénaire, affutée à l’aune de la survie d’abord, puis des prises de pouvoir et du développement de la prospérité.

Dans les brumes de l'histoire de la Chine ancienne

Période antérieure à 1766 avant JC

Aux temps lointains de la Chine ancienne, les tribus vivent sous la guidance des rois-chamanes et leur vie est étroitement liée à la capacité des sages à contrôler les éléments.
Événements mythiques, relations privilégiées avec l’invisible, observations et expérimentations donnent aux hommes les clés nécessaires pour comprendre et décrire le monde dans lequel il évolue. Il apprend à en prévoir le comportement et gagne ainsi une forme de maîtrise.

Le Hétu et le premier livre de I Ching datent de cette période.

Des rois-chamans aux premiers empereurs

Période 1766 – 1121 avant JC

Les tribus se sédentarisent et les rois-chamans de la Chine ancienne laissent la place à des empereurs qui se détournent de certaines traditions. Période de corruption et de décadence qui s’achève par l’émergence d’une société nouvelle.

Le mythique roi Wen apparaît. Il restaure les pratiques traditionnelles de connaissance du monde qu’il complète :

  • Elaboration du Zhou Yi, troisième livre de Yi Jing et le seul dont il existe encore des fragments.
  • Conception du loshu.
  • Approfondissement de la connaissance du cycle des qi.

Les savoirs traditionnels s'étoffent

Période 1122 – 225 avant JC

C’est au cours de cette période de la Chine ancienne que la première boussole géomantique naît. Le petit-fils du roi Wen en a une excellente maîtrise qui, associée à une connaissance profonde du yi jing, lui permet au d’élaborer une théorie de divination terrestre et céleste. Hetu, Loshu, principes de mutation de l’énergie, compréhension des paysages et boussole géomantique constituent la panoplie des maîtres de feng shui de la Chine ancienne.
Comme sous d’autres latitudes, l’observation des astres est devenue une pratique courante et un calendrier est ébauché qui préfigure le calendrier chinois actuel. Les notions de branches terrestres et de troncs célestes décrivent le mouvement des astres. L’appréhension du temps se structure et l’étude de son interaction avec les notions traditionnelles devient possible.

Avec la boussole, le yi jing et le calendrier, les arts divinatoires chinois de la Chine ancienne disposent désormais des trois outils fondamentaux qui permettent de connaître le monde visible et invisible dans ses dimensions temporelles et spatiales.

Le Feng Shui devient une science taoïste

Période 206 avant JC – 4ème siècle après JC

Conseillers politique et stratèges militaires mettent ce savoir au service des empereurs et leur influence sur la société est considérable. Progressivement apparaît une nouvelle classe de devins, praticiens très calés dans les arts divinatoires, l’astronomie, la géographie, la médecine. Observations et expérimentations constituent un savoir alors connu sous le nom de Kan Yu. Cette époque verra la chute des trois royaumes sur les cendres desquelles une nouvelle Chine unifiée apparaît.

Intensément pratiqué pendant des siècles pour l’élaboration des villes et la conduite des batailles, le Kan Yu est désormais considéré comme une science taoïste. Apparaît Guo Pu, un géomancien ésotériste, considéré aujourd’hui comme figure fondatrice, en particulier dans le domaine du Yin Feng Shui (feng shui des sépultures). Il rédige plusieurs traités dont un dédié au choix des lieux de sépultures et le célèbre Shanhai Jing, Traité des montagnes et des mers.

S’ensuivent 150 ans d’incertitudes politiques où les dynasties se succèdent sans parvenir à s’installer, jusqu’à l’apparition de la dynastie Tang.

Apogée des disciplines taoïstes

Période 618 – 1279

Le Kan-yu est élevé au rang de science et ses praticiens combinent avec bonheur arts divinatoires, architecture, astronomie, géographie et topographie. Le Lopan, version plus élaborée de la boussole géomantique, est mis au point : il intègre dans ses cercles concentriques un grand nombre des règles à observer dans l’analyse d’un espace.

Jusque là essentiellement au service de la puissance impériale et de sa noblesse, le Feng Shui se démocratise progressivement et permet d’éviter les mauvaises influences énergétiques et en apprenant à tirer parti des énergies positives.

Après 50 ans d’instabilité politique, la dynastie Song s’installe durablement au pouvoir. Le Feng Shui est assidûment pratiqué par les taoïstes qui constituent un corps social puissant. La période est riche en personnages inspirés et sages habiles, praticiens géniaux des arts divinatoires qui leur garantissent la plupart du temps le respect des empereurs.
Mais une ère aussi prospère devait elle aussi connaître le déclin …

Le Feng Shui sort des monastères taoïstes

Période 1279 – 1644

L’Empereur Hongwu (Zhu Yuanzhang) fonde la dynastie Ming. Le maître taoïste Liu Pohun versé dans la stratégie militaire l’aide à chasser les Mongols et l’aide à asseoir son pouvoir. Autocrate dans l’âme le nouvel empereur décide de se défaire de ses anciens alliés pour protéger son pouvoir et il interdit la pratique de la divination et le taoïsme.

Liu Po-hun échappe à l’assassinat qu’il avait anticipé, mais la communauté taoïste est désorganisée et décimée par les assassinats.

S’ensuit une longue période troublée au cours de laquelle feng shui et arts divinatoires deviennent des pratiques profanes. La classification des paysages est simplifiée, de nouvelles méthodes apparaissent et des anneaux supplémentaires sont adjoints au lopan. On publie de vrais et de faux traités. Le Feng Shui est, pour ainsi dire, descendu dans la rue et échappe à tout contrôle.

Pullulent alors vrais maîtres et bonimenteurs qui exploitent sans beaucoup de scrupules la naïveté ou la crédulité du peuple. Le feng shui ne sortira pas grandi de cette période, inutile de le préciser.

Séparer le bon grain de l'ivraie

Période 1644 – 1911

La dynastie Qing va être l’occasion de passer à la loupe les ouvrages rédigés au cours des siècles précédents et les principes exposés sont rigoureusement vérifiés, analysés. Appareil critique et corpus de règles contrôlés se transmettent de maître à disciple au sein des différentes écoles et les ajouts de la période Ming qui ont résisté à l’analyse des faits sont intégrés.

Cette dynastie voit s’imposer deux nouveaux éléments :

La notion de karma individuel est désormais prise en compte lors de l’analyse d’un lieu pour qualifier l’interaction entre les énergies d’un individu et celle d’un bâtiment.
Le temps prend davantage d’importance : on veille à emménager, faire des travaux, enterrer ses morts à des bonnes dates.

Aujourd'hui

Période 1911 – nos jours

Le feng shui reste un art activement pratiqué par les communautés chinoises et il reste impensable de construire un immeuble à Hong Kong, à Singapour, en Malaisie ou Taïwan sans faire appel à un maître en feng shui. Il suffit d’étudier des photos des métropoles chinoises pour mesurer l’intense activité des praticiens locaux.
De nombreuses entreprises occidentales installées en Asie ont du se plier à l’usage sous la pression de leurs salariés ou de leurs clients. Les premiers n’entendent pas travailler dans des flux d’énergies défavorables qui mettraient leur santé ou leur carrière en péril, et les seconds sont soucieux de confier leurs intérêts à ceux qui ont accumulé le meilleur qi possible pour le succès de leurs affaires.

Il existe de nombreuses écoles et les pratiques peuvent varier d’un maître à l’autre. Un maître de feng shui ne maîtrise bien souvent qu’un ensemble limité de formules et rares sont ceux qui conjuguent les différentes grilles de lecture.

Par ses conseils, un maître de feng shui peut faire ou défaire la fortune de ses clients, rétablir une santé défaillante, apporter du répit dans une famille ou une société secouée par les conflits. Evalués selon leurs résultats, il n’est pas étonnant que les grands maîtres soient traités avec le plus grand respect par leur communauté.

Sources : Marcel Granet « La pensée chinoise », Th. F. Aylward « Feng shui & Chinese astrology », J. S Major « Heaven and earth in early Han thought », Ole Brunn « Feng shui in China », S. Feuchtwang « An anthropological Analysis of Chinese geomancy », Eva Wong

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