Yi king hexagramme 45, le rassemblement

Les aspects que recouvrent les trigrammes sous-jacents aux hexagrammes expliquent pourquoi il y a tant de différences entre les noms des hexagrammes traduits ici ou là.

dui
kun

Un commentaire posté sur le site par Jordi posait cette question :

Dans « Le sens originel du Livre des mutations » Kerson et Rosemary Huang nomme l’hexagramme 45 : la maladie.

Je ne comprends pas cet écart d’interprétation car cet hexagramme est souvent associé à la notion de réunion, de rassemblement.

Auriez-vous une explication car cela me perturbe ?

Jordi

Pourquoi appelle-t-on cet hexagramme 45  : Le rassemblement ?

Regardons ses composants : en haut le lac dui, en bas la terre kun. La terre contient l’eau du lac dans la cuvette qu’elle forme, de manière subtile elle exerce là son contrôle sur l’eau. D’où l’idée de rassemblement.

Alors comment passe-t-on de l’idée de rassemblement à celle de maladie ? Je n’ai trouvé aucune source qui concorde avec le titre des Huang.

La seule chose qui me vienne à l’esprit c’est qu’en bazi ou en feng shui on se méfie parfois de l’association terre meuble/eau car un excès d’eau déborde la terre ce qui peut se manifester par des maladies de type tumeur ou affectant la sphère digestive, voire la rate.

Par ailleurs kun est liée à la santé (et donc à la maladie) alors que dui est associé au pourrissement, à ce qui se défait, mais cela paraît difficile d’en conclure que le 45 est l’hexagramme de la maladie. Quelques exemples pour expliquer ce point : 

  • L’hexagramme 1 représente souvent un état de tension, de stress et d’anxiété.
  • L’hexagramme 23 est associé à un état d’épuisement profond.
  • L’hexagramme 24 à un grand état de faiblesse.
  • L’hexagramme 43 peut être lu comme le moment où un problème aigu est sur le point de survenir.

Cette liste n’est pas exhaustive, mais elle illustre la manière d’aborder un hexagramme du point de vue de l’état vital de l’individu.

Cet article a 8 commentaires

  1. Jean-Marc

    En Feng shui il existe une méthode (sheng xie 生泄) qui met en jeu l’énergie de Dui (métal) drainant la terre de Kun. H45 est dans ce cas une énergie de drainage (repos , méditation) dans l’une des 9 case d’une maison. Le nom Cuì se traduit ainsi :
    1. Touffu; dense; épais. 2. Rassembler; réunir; se rassembler. 3. Classe; catégorie; groupe. 4. En tant qu’hexagramme cela signifie : concentration, moment où tout se regroupe autour du fort en conformité avec le Ciel.

    Dans la construction de H45 on a le réceptif à l’intérieur qui va vers la joie extérieur. Se rassembler dans son temple intérieur (cœur) pour se rassurer.

    A mon avis aucun hexagramme ne peut être associé à la maladie, ni à quelconque notion de bien ou de mal. Le yin et le yang n’ont rien à voir avec le bien et le mal qui est une conception matérialiste de jugement, de culpabilité et de pure mensonge.

    1. Nathalie

      Bonjour Jean-Marc,

      Kun et Dui sont également liés respectivement à la santé (donc à la maladie) et à la (trans-)mutation (donc au pourrissement). L’idée des Huang, si peu orthodoxe qu’elle semble, n’est donc pas entièrement dénuée de sens.

      « aucun hexagramme ne peut être associé à la maladie »

      On peut aussi dire que tous les hexagrammes peuvent être associés à la maladie ou à une expression de la maladie. L’hexagramme 45 par l’idée de concentration que vous rappelez dans la définition de Cui convient particulièrement bien par exemple aux kystes. L’hexagramme 47 est traditionnellement associé à un état d’épuisement profond. L’hexagramme 1 renvoie souvent à un état de tension nerveuse excessive dont les effets peuvent se faire sentir sur l’appareil cardio-vasculaire. Etc.

      Concernant le bien et le mal, il s’agit moins d’une conception matérialiste que d’une approche dualiste dans laquelle les choses se définissent les unes par rapport aux autres. Les cultures taoïstes et confucéennes ont des hiérarchies très arrêtées en la matière et cela s’exprime à travers les différents types d’hommes que l’on retrouve dans le texte. Les hommes vulgaires, le grand homme, le sage, l’empereur … ne sont-ce pas là les nuances d’une manifestation au monde, d’une incarnation qui distingue justement la qualité des uns et des autres ? Il est explicite dans le texte que l’homme noble est moralement au-dessus de l’homme vulgaire et qu’il revient à celui-ci de se hisser au-dessus de sa condition, de secouer la poussière de ses bottes.

      1. Jean-Marc

        Intéressant, merci !
        Je vois personnellement le Jun Zi comme un règne au dessus de l’humanité. Le cinquième règne est pour moi comme le cinquième trait du Gua, après le minéral, végétal, animal et humain, le monde de l’esprit (Shen) se découvre par la qualité d’humanisme.

        1. Nathalie

          Le 5ème trait est traditionnellement associé à l’Empereur. L’Empereur se trouve au-dessus et à la tête des hommes, près du ciel dont il est une émanation (d’où l’expression « le mandat du ciel »). Il appartient au monde qu’il domine et il incarne une maîtrise entière.
          Au-dessus du roi des hommes se trouve le sage, le 6ème trait : loin de la terre, près du ciel ; loin des affaires des hommes, proche des affaires du ciel ; loin de la poussière rouge, près de la clarté ; loin de la confusion, près de la sagesse.

          1. Jean-Marc

            Ceci dit l’empereur sur son trône est un schéma révolu et la tradition impériale n’a pas survécu. De ce fait l’évolution qui semble être une loi aussi immuable que celle du changement a voulu que nous soyons tous égaux. Le temps des gourous est certainement aussi révolu et le maître qui sait tout n’a d’ailleurs certainement jamais existé. J’ai rencontré un maître de feng shui et yi jing en Asie qui m’a dit qu’il avait beaucoup à apprendre en matière de Yi jing avec nous-autres occidentaux. Il y a 25 ans les chinois ne semblaient plus s’intéresser à cette culture et par notre engagement il semble qu’on les stimule. Tant mieux !

            Et j’en profite pour attirer votre attention sur un caractère présent une seule et unique fois dans le texte. 靈 ling est connu en Occident pour être le Rei de Reiki. Ce caractère figure dans le texte du premier trait mutant de Yi (H27) qui donne le dérivé H23 (un des 12 hexagrammes souverains ou calendériques). Le texte parle de la tortue magique (Ling Gui) qui est aussi maintenant une méthode en acupuncture. L’étude qui a été faite à ce propos (avec des amis) démontre comment absorber de l’énergie (en Qi gong) pour diminuer la nourriture. Si cela vous intéresse on peut en débattre.

          2. Nathalie

            « Ceci dit l’empereur sur son trône est un schéma révolu et la tradition impériale n’a pas survécu. »
            Le terme empereur est lu sur différents plans :
            • historique parce le yi jing est très étroitement lié à l’histoire ancienne de la Chine, cf. un ouvrage sur le sujet de Steve Marshall intitulé « Mandate of heaven ». Il y montre comment certains des textes des hexagrammes désignent actuellement des événements historiques réels, des individus de chair et de sang, même s’ils ne sont plus que poussière.
            • symbolique : roi, empereur, décideur, patron, leader, père, … toute figure réelle ou archétypique qui incarne une position de pouvoir, un individu doté du sens du collectif au suprême degré c’est-à-dire là où il transcende le sens de ses propres intérêts.
            Il y a donc toujours des empereurs.
            Je pense que l’histoire large de l’humanité comprend quelques êtres omniscients ou dotés d’une connaissance hors nos limites communes, même s’ils se comptent sur les quelques doigts de quelques mains.
            En ce qui concerne les gourous et les maîtres, je suis personnellement de ceux qui pensent que c’est l’esclave qui fait le maître et l’élève qui fait le gourou, le terme gourou ne signifie rien d’autre qu’enseignant de toute façon.
            Lumière et clarté s’élèvent d’un même mouvement. La bienveillance émane de la compassion.

  2. Jean-Marc

    Est-ce que le livre de Steve Marshall existe en français ?

    1. Nathalie

      Je ne peux pas mettre de lien dans les commentaires en ce moment, je reprends donc ci-dessous la présentation que j’en ai faite dans l’Almanach des énergies positives et que j’ai remise à disposition sur fenghsui-journal.com :

      Steve J. Marshall – The mandate of heaven, éditions Columbia University Press, ISBN 978-0-231122-993
      On sait que le yi jing est profondément enraciné dans l’histoire de la Chine, mais jusqu’à cet ouvrage on ne mesurait peut-être pas jusqu’à quel point. L’auteur reprend les textes de certains hexagrammes et les rapproche de leur contexte historique, soulignant d’étroites corrélations. Sinologues et amateurs de yi jing trouveront de l’intérêt à cette lecture même si c’est pour des raisons entièrement différentes. Une étude certainement savante, mais accessible à tous et agréable à lire car le texte est clair et l’humour quoique discret n’est pas absent. Un appareil de notes important et très documenté est proposé en fin d’ouvrage. En anglais seulement, désolé.

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