Qu’est-ce qu’un maître de feng shui ?

Depuis quelques décennies, les arts traditionnels asiatiques, qu’ils soient chinois, japonais, vietnamiens, laotiens ou autres, qu’ils concernent le corps (kung fu, tai qi, qi gong, …) ou un savoir-faire (feng shui, ikebana, calligraphie, …) ont connu en Occident un développement extraordinaire largement justifié par l’intérêt de ces pratiques. Les enseignements sous une forme ou une autre sont proposés en grand nombre. Désir de partage ou de transmission chez les uns et pressentiment d’un eldorado financier chez d’autres ont fait fleurir les propositions comme mille fleurs au printemps.

Pour avoir plus de poids, pour sortir de la masse des propositions commerciales, il est un terme que l’on retrouve fréquemment : le titre de maître. Jouant sur une image en partie fantasmée d’accomplissement ultime, l’enseignant ainsi mis en avant fait briller tous ses galons pour séduire un public sincèrement désireux d’apprendre auprès de la meilleure source.

Notre culture est mal préparée à considérer un titre auréolé de prestige autant que de mystère, supposant derrière l’appellation des qualités de pratique, de maîtrise, de bienveillance et de hauteur spirituelle que le titre seul ne saurait garantir. Dans d’autres domaines plus quotidiens pourtant, le terme de maître accolé à un métier manuel a un sens que nous savons décoder et nous l’interprétons de manière correcte : nous savons qu’il signale une maîtrise technique certifiée par des pairs, d’autres professionnels du métier. Qu’il s’agisse d’un maître chocolatier ou d’un maître ferronnier nous savons situer l’expertise du bonhomme : on peut se fier à lui pour les produits ou les services qu’il offre dans son métier sans lui supposer d’autres qualités plus ou moins surnaturelles. S’il mérite le respect, c’est pour l’accomplissement d’un véritable savoir-faire, identifié, circonscrit.

Un miroir aux alouettes

Dans le domaine des arts traditionnels asiatiques, c’est un bon sens et un sens critique qui font défaut trop souvent et l’on voit des curieux sincères s’enthousiasmer pour tel ou tel au titre honorifique, dont l’origine est souvent d’ailleurs mal connue car en grattant sous la surface des choses on relèvera plus d’une fois que bien des « maîtres » sont autoproclamés ou qu’ils ont été adoubés par une autorité douteuse ou complaisante.

Le titre de « maître » joue alors auprès d’une foule innocente le rôle de miroir aux alouettes. Le titre devient la promesse tacite d’accéder à un art exceptionnel auprès d’un homme hors du commun.

Le temps de la crédulité peut être long pour certains et quelques uns ne se réveilleront jamais de ce rêve artificiel dans lequel ils ont le sentiment de tutoyer l’extra-ordinaire. Pour beaucoup, la déception ultérieure les conduira à jeter le bébé avec l’eau du bain : l’enseignement reçu n’est pas à la hauteur des prétentions initiales, l’enseignant est fait d’un bois banal, le sentiment d’avoir été leurré conduit à s’éloigner non seulement de l’individu auprès duquel on s’est dans un premier temps engagé mais à rejeter la pratique à laquelle on s’essayait. L’amertume ou le désenchantement s’installe.

Quel gâchis ! Il aurait seulement suffi que l’on sache regarder avec pondération la proposition initiale, que l’on ne se laisse pas abuser par l’idée du « maître », qu’on exerce un minimum de lucidité quant au savoir et aux réalisations de l’individu concerné. Et dans les domaines énergétiques et spirituels en particulier que l’on puisse envisager que qualités personnelles et maîtrise d’une technique ne vont pas nécessairement de pair.

Il est temps d’ouvrir les yeux.

Nathalie Mourier, Almanach des énergies positives 2011, p. 144