Les arts traditionnels chinois

Comprendre l’articulation des 5 grands arts traditionnels chinois est essentiel pour qui veut les pratiquer ou les utiliser. Or, ces arts, leur contenu et leur objectif propre, sont en général mal connus, les caractéristiques de l’un sont confondues avec celles d’un autre, ce qui fait que des outils essentiels comme le feng shui ou le bazi sont utilisés hors de propos.

Il faut donc revenir à la définition de chacun d’eux pour s’y retrouver.

Parmi les 5 arts, on peut distinguer deux groupes : l’art des Montagnes qui est l’art essentiel et qui est accompagné de la Médecine d’une part, et 3 arts techniques d’autre part. La vocation de ces deux groupes est très différente.

Pour formuler cette distinction succinctement, on peut dire que l’art des Montagnes doit nous amener à développer notre spiritualité et que les arts techniques doivent nous aider à en comprendre l’intérêt.

L'art des montagnes

Les sommets des montagnes sont un lieu de tranquillité, un lieu privilégié pour s’arrêter et s’occuper de soi. C’est donc là que les ermites peuvent s’adonner aux différentes composantes de cet art en cultivant l’esprit et le corps, dans le but d’atteindre l’éveil des bouddhistes ou l’immortalité des taoïstes.

Le cœur de l’art des montagnes est donc l’étude de la pensée et de la philosophie de Lao Tseu et la mise en œuvre des pratiques méditatives du bouddhisme et du taoïsme.

La méditation 静坐 est littéralement l’art de rester assis tranquillement et en silence. Mais le fait que le corps demeure tranquille et silencieux ne veut pas dire qu’à l’intérieur il ne se passe rien. Il existe de nombreuses techniques de méditation. Par exemple, 炼丹 lian dan l’alchimie interne, est un procédé de transmutation qui fait référence à 丹 dan, le cinabre, autrement dit l’immortalité. L’énergie subtile circule dans le corps sous le contrôle du méditant et chaque passe unifiant le yin et le yang la purifie, jusqu’à engendrer le cinabre.

Ici, les pratiques martiales se transforment progressivement en mouvement de vie ou d’éveil purement intérieur. Les pratiques de santé et d’externalisation de l’énergie se transforment en exercices de longévité, voire d’immortalité 仙 xian. Notez comment le caractère désignant l’immortel ou le divin 仙 est composé d’une personne 人 dans les montagnes 山.

Conserver un corps en bonne santé est donc important pour disposer du temps nécessaire à l’apprentissage et à la maîtrise des arts afin de devenir un immortel (vocabulaire taoïste) ou d’atteindre l’éveil (vocabulaire bouddhiste). Il est donc naturel de trouver dans l’art des montagnes tous les outils nécessaires à cet entretien du corps, véhicule de pratique et d’assurer sa longévité, une valeur extrêmement importante dans la culture chinoise.

La discipline la plus connue est le travail du souffle 气功 qi gong, également appelée 道引 dao yin, une pratique énergétique de santé issue du courant de pensée taoïste, mais il y a aussi la tonicité 补药 bu yao, la nutrition 饮食 yin shi et les soins 治疗 zhi liao.

Plus volontaires comme techniques d’entretien du corps et de l’esprit, les exercices avec les poings 拳法 quan fa, sont organisés en deux groupes. Les arts externes 外家 wai jia, liés au bouddhisme, également connus sous l’appellation d’arts martiaux 武术 wu shu tels que le kung-fu 功夫 gong fu et les arts internes 内家 nei jia, liés au taoïsme : le poing du grand faîte 太极拳 tai ji quan, le poing de l’unité de l’intention et de la forme 形意拳 xing yi quan, et la paume des huit trigrammes 八卦掌 ba gua zhang, etc.

Enfin, pourquoi ne pas faire appel à l’univers pour protéger le chemin ? Aussi trouve-t-on les charmes et talismans 符咒 fu zhou. Les formules magiques 符籙 fu lu permettent de faire appel aux forces en requérant l’aide des esprits et en soumettant les forces négatives. Elles sont considérées comme des concrétions du souffle céleste transmis par des immortels. Les talismans 符咒 fu zhou sont quand à eux des formules plus courtes écrites sur papier jaune.

La médecine

A l’art de la médecine correspond le corpus de la médecine traditionnelle chinoise 中医 zhong yi qui comprend 3 grands axes :

  • Les massages thérapeutiques 按摩 an mo, plus connus aujourd’hui sous le nom de 推拿 tui na. Il existe différentes techniques de massages effectués sur des points ou des méridiens précis.
  • Les aiguilles 针 zhen et la cautérisation ou moxibustion 灸 jiu. Le «Classique interne de l’empereur Jaune» 黄帝内经 huang di nei jing est présenté comme le plus ancien ouvrage de médecine chinoise. A cette époque, la technique s’appelait 砭灸 bian jiu, les aiguilles étant des poinçons de pierre 砭 bian.
  • La pharmacopée. En général, après avoir diagnostiqué un déséquilibre énergétique et en complément ou non d’un autre traitement, le médecin prescrit une formule à base de plantes à partir de plus d’un millier de plantes médicinales et d’un nombre encore plus important de groupes de formules traditionnelles. 神农本草经 shen nong ben cao jing est le plus vieux livre connu (environ 2800 avant JC) sur l’agriculture et les plantes médicinales, duquel de nombreuses formules importantes sont extraites. Ces plantes fournissent un support à la re-programmation et au rééquilibrage initié par les aiguilles.

La médecine, comme l’ensemble des cinq arts, intègre les concepts de yin et de yang, des cinq éléments et de modélisation d’un corps lié à l’esprit et sous-tendu par le qi.

Note : La MTC, la médecine traditionnelle chinoise moderne, incorpore les exercices énergétiques du tai ji quan et du qi gong dans leur panoplie, mais ceux-ci sont normalement rattachés aux montagnes et non à la médecine qui était utilisée pour soigner et non prévenir. Si on veut être puriste, c’est l’ensemble des cinq arts traditionnels qui concourent à tenter de prévenir plutôt que de guérir. Il existe toutefois certains mouvements de qi gong thérapeutiques pour rétablir par le mouvement l’équilibre énergétique d’un organe particulier. De même, une partie de la diététique yin shi peut avoir une action sur ces qi et sur les organes.

Les 3 arts que sont la destinée, les apparences et la divination sont le cœur de métier de Marip, aussi vous trouverez sur le site de nombreuses pages qui leur sont consacrées.

Nous considérons ces arts comme des arts techniques car ils viennent en contrepoint de l’art des montagnes. Ils proposent des outils pour nous permettent de voir la réalité du monde dans lequel nous vivons en lieu et place de ce que nous en percevons. Cette compréhension du fonctionnement du monde, autant interne avec la destinée ou le yi jing qu’externe avec la physionomie, peut bien sûr nous aider dans notre quotidien, c’est d’ailleurs l’objet même de Marip. Mais dans l’esprit des anciens, c’est surtout un moyen de nous faire comprendre que le meilleur usage qu’on puisse faire de sa vie se trouve au sommet de la montagne, c’est à dire dans l’élévation de l’esprit, la quête de l’immortalité, de l’éveil.

La destinée

Pour nous autres occidentaux, il y a comme une fatalité associée au mot « destinée ». Cela vient heurter notre attachement à l’idée d’un libre arbitre, d’un soi qui décide. Une vie où tout serait écrit d’avance fait froid dans le dos !

Le terme 命 ming qu’on traduit par destinée représente un sceau, un ordre. Et ce qui est scellé ne peut être changé, il y a donc une part de notre vie qui ne peut être changée. Pour autant, cela veut il dire que tout est figé ?

Tous les skieurs au départ du slalom ont le même parcours à effectuer, pourtant ils ne feront pas le même temps, loin de là. La différence viendra des postures que chacun adoptera lors de la descente et qui feront que telle situation pourra être abordée avec souplesse là où d’autres sortiront complètement de la piste.

Bien qu’effectuant le même parcours, les skieurs vivent une expérience très différente. Dans le fond donc, le problème n’est pas que les expériences que nous allons rencontrer dans notre vie soient ou pas déjà tracées, ce qui importe c’est la façon dont nous allons les vivre et c’est en cela que notre liberté existe.

Parmi les deux arts de la destinée que sont le 八字 ba zi et le 紫微斗数 zi wei dou shu, le ba zi nous montre tout particulièrement les postures qui sont favorables et celles qui ne le sont pas et nous donne les clés fondamentales pour nous transformer et être ainsi capable du meilleur parcours.

La physionomie

La science moderne nous a maintenant habitués à considérer que le monde qui nous entoure n’est pas exactement tel que nous le voyons. L’univers décrit par la physique quantique est bien loin de ce que nos sens nous donnent à percevoir.

L’art de la physionomie s’intéresse au lien entre l’apparence des choses – un corps, un lieu – et ce que ces choses nous montrent de la réalité qui est cachée derrière. Il propose un modèle d’interaction entre le monde physique qui nous entoure et nous même.

Trois arts composent ce domaine :

  • le feng shui 风水 et les règles issues de la terre 地理 (la géographie),
  • la lecture du visage 面相学 mian xiang xue,
  • la lecture de la main 手相学 shou xiang xue.

Marip a concentré son savoir exclusivement sur le feng shui qui étudie le lien entre les lieux où nous vivons et notre vie, la manière dont la qualité des premiers influence le déroulement de la seconde.

Les lieux où nous vivons et travaillons peuvent être considérés comme un véhicule. En occident, nous avons l’habitude de considérer les lieux comme inertes et ce faisant, nous laissons le lieu sans pilote.

Le but du feng shui est de nous permettre de comprendre les appuis et les freins d’un lieu et de les mettre en rapport avec nos projets – personnels, professionnels, … – tirant ainsi le meilleur parti possible de notre environnement. Nous vous proposons de découvrir dans les pages du site comment le feng shui utilise l’espace et le temps pour soutenir nos projets et ainsi fournir à chacun des opportunités pour atteindre ses objectifs.

La divination

L’univers a une logique. La façon dont les évènements se déroulent suit une logique qui nous dépasse. On voit ça et là cette logique transparaître par des phénomènes de synchronicité que l’on remarque. C’est ce grand ordonnancement que les anciens appelaient « le divin ».

La divination est donc l’art de lire le divin, c’est-à-dire de comprendre comment une situation est susceptible d’évoluer tout simplement parce que comme toutes choses elle suit un mouvement général dans l’univers. Ça n’a donc rien à voir avec les devinettes, mais il est vrai que deviner et « diviner » sont proches par le son !

Traduit en langage moderne, divination veut dire l’art de choisir une voie, de développer une stratégie.

Il y a 6 arts de la divination, les 3 premiers étant constitués autour des hexagrammes et des différentes façons de les appréhender :

  • Le Yi Jing 易经占卜 yi jing zhan bu
  • La fleur de prunier 梅花易数 mei hua yi shu ou 梅花心易 mei hua xin yi
  • Le ba gua du Roi Wen 文王八卦 wen wang ba gua ou Liu Yao Yi Gua 六爻易卦

Ce sont ces techniques que Marip utilise dans le cadre de ses consultations et que nous proposons dans nos cycles de formation.

Les trois techniques suivantes sont connues sous le nom des Trois Styles 三式 san shi. Elles étaient considérées comme le savoir métaphysique le plus secret développé au cours de la dynastie 秦 Qin. Elles sont restées secrètes car les empereurs eux-mêmes considéraient que leur pouvoir de divination était si puissant qu’ils craignaient qu’elles soient utilisées pour les renverser, moyennant quoi il était interdit à tout civil d’en faire usage.

  • L’art des six eaux yang 大六壬 da liu ren décrit la naissance, la maturité et la mort des phénomènes à partir des cycles de l’eau présents dans le calendrier soli-lunaire chinois. Utilisé pour les événements de la vie quotidienne.
  • La méthode de la déité Tai Yi 太乙神數 tai yi shen shu est utilisée pour prédire les événements de grande ampleur, comme les guerres, les catastrophes naturelles, …
  • Le Qi Men Dun Jia 奇门遁甲占卜 a été conçu à l’origine pour la stratégie militaire, mais il s’est peu à peu étendu à de nombreux autres domaines importants de la vie civile.

Une partie des textes est extraite des Leçons de ba zi, ed. Marip