Le feng shui et l’espace

La brume … c’est la trace du qi

L’espace est certainement la dimension la plus connue du feng shui. Comment tirer parti de l’environnement, comment organiser sa maison, son appartement, son jardin, sa chambre … tous ces aspects concernent l’espace.

Si on en revient aux idéogrammes du feng shui 風水, feng 風 (prononcer fongue) vient de chong 虫 qui représente des insectes, lesquels sont engendrés par le vent. Feng désigne donc le vent qui déplace le qi. Selon le modelé du relief, le qi sera canalisé ou dispersé. C’est une des raisons pour laquelle on s’intéresse aux routes : leur conformation entre deux rangs d’immeubles ou la circulation des voitures fait naître le vent.

Quand à shui 水 (prononcer choueille), c’est un rassemblement de petits flux, autrement dit de l’eau. L’idéogramme indique clairement que l’eau rassemble. L’eau est capable d’arrêter le mouvement du qi qui descend d’une montagne pour le stocker si c’est un lac ou le transporter si c’est une rivière. Comme le dit Guo Pu dans le Livre de sépultures « le qi chevauche le vent et s’arrête à l’eau ».


Un dedans et un dehors toujours en phase

Le feng shui est donc un art qui s’intéresse à la façon dont le qi se rassemble ou se disperse. En quoi cela nous intéresse-t-il ?

Les bouddhistes disent qu’il n’y a pas de différence entre l’intérieur et l’extérieur. C’est notre cerveau qui, enfant, apprend à identifier un soi à partir des limites du corps physique. C’est pratique dans le monde matériel pour se déplacer sans se cogner, pour attraper des objets, bref pour se positionner dans l’espace. Cela a un inconvénient : nous croyons plus fortement à un soi et par là, au fait qu’il y a une différence entre cette idée du soi, le dedans, et les autres, le dehors.

Aujourd’hui, avec les problèmes liés à la pollution, on commence à voir l’interdépendance qui existe entre le dedans et le dehors. En réalité, dedans et dehors sont toujours étroitement liés. Si l’idée qu’ils sont une seule et même chose nous effraie, nous rebute ou est tout simplement trop difficile à imaginer, on peut juste rester sur l’idée que dedans et dehors sont toujours synchrones. C’est la raison profonde de tous les arts traditionnels : tout est observable dans tout et agir sur un élément c’est agir sur tout.

Très tôt dans l’antiquité, les Chinois ont conçu les modèles du feng shui en observant le relief alentour et en mettant en relation ce qui se passait dans leur vie versus l’endroit où elle se déroulait. Ils ont mis en relation le qi, l’essence de l’un et l’essence de l’autre. Certains qi sont visibles, ce sont les xing qi, les qi de la forme. Les autres ont été abordés par le calcul et appelés li qi, le qi intangible. Puis les anciens ont choisi ou modifié leur environnement pour qu’il se passe autre chose ou infléchir le cours de la vie.

Adosser notre qi à celui de l'environnement

Chaque homme, chaque groupe, cherche à établir une trajectoire dans sa vie, met de l’énergie dans ses projets. Ce faisant il oriente son qi personnel dans cette voie. Si le qi de l’environnement n’est pas à l’unisson, cela crée des perturbations dans la vie de l’homme … mais aussi dans celui de l’environnement.

Si trop de personnes ne sont pas en phase avec le qi local, cela a un réel impact sur l’environnement, d’où les problèmes croissants avec l’augmentation radicale de la population.

Pour aligner les qi, il n’y a que deux manières de faire :

  • aligner l’homme sur le qi environnemental
  • ou aligner le qi de l’environnement pour le mettre en accord avec le projet de l’homme.

La première solution est la plus sage. C’est celle des anciens qui interrogeaient régulièrement les dieux ou le ciel pour vérifier s’ils étaient toujours en phase avec l’harmonie de l’univers.

Dans notre croyance en l’individu et au libre arbitre, nous pensons que nous pouvons faire ce qu’il nous passe par la tête et on cherche à mettre l’environnement à notre service.

Retour sur l'espace

Chaque espace a ses caractéristiques propres. Elles sont données en premier lieu par le bassin dans lequel on se situe géographiquement.

Le bassin est de la première importance car de l’agencement des collines et des vallées dépend la collecte et la circulation des vents et de l’eau, autrement dit les moteurs du qi. C’est à partir de cela que l’on sait si on a un tigre dans son moteur ou pas. Les modèles du San he et du San huan sont faits pour analyser ces éléments.

Chaque fois que possible, nous devons chercher un lieu qui soit en accord avec notre projet. Sinon, il est plus raisonnable d’adapter son projet aux possibilités offertes par le lieu car le qi du lieu sera toujours plus fort. On peut remonter le cours de la rivière mais on finit par s’y épuiser, il est tellement plus naturel et plus vital de suivre le flux.

Suivant les lieux, la puissance du qi varie. Qui dit qi puissant dit belle réussite … ou gros soucis, selon la qualité du qi ou la manière dont on se branche sur la source d’énergie.

Ici intervient une dimension dont on n’a pas encore parlé qui est le temps. Ce sont le San yuan et les étoiles volantes qui in fine vont pouvoir très finement nous indiquer pour un lieu et un moment donné, comment se comporte réellement le qi.

Ce n’est pas vraiment étonnant. Les grandes données de l’environnement comme les collines et les cours d’eau ne changent pas bien vite. Or tout le monde sait que la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Chaque jour peut être différent, nos projets changent plus vite que les montagnes,  il faut bien que le modèle du feng shui soit capable d’en faire état. C’est ce que nous offre le San yuan.